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Plus-value immobilière

La plus-value immobilière est le gain réalisé lors de la vente d'un bien immobilier. Elle correspond à la différence entre le prix de vente et le prix d'achat, après correction de certains frais. Cette plus-value est soumise à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux, mais bénéficie d'abattements progressifs selon la durée de détention. La résidence principale est totalement exonérée, et d'autres cas d'exonération existent.

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Illustration de la plus-value immobilière

Qu'est-ce qu'une plus-value immobilière

La plus-value immobilière représente le bénéfice réalisé lors de la vente d'un bien immobilier (appartement, maison, terrain) lorsque le prix de cession est supérieur au prix d'acquisition. Elle se calcule en soustrayant le prix d'achat majoré des frais au prix de vente diminué des frais de cession. Cette plus-value est imposable au titre de l'impôt sur le revenu à un taux forfaitaire de 19 %, auquel s'ajoutent les prélèvements sociaux de 17,2 %, soit une taxation totale de 36,2 %. Toutefois, le système fiscal prévoit des abattements pour durée de détention et plusieurs cas d'exonération, notamment pour la résidence principale.

Idée clé : la plus-value immobilière est le gain réalisé à la vente d'un bien, imposée à 36,2 % avec abattements selon la durée de détention.

Calcul de la plus-value brute

La plus-value brute se calcule selon la formule : prix de vente - prix d'acquisition corrigé. Le prix de vente est le prix stipulé dans l'acte de vente, diminué des frais supportés par le vendeur (diagnostics, commission d'agence si elle est à sa charge). Le prix d'acquisition est le prix d'achat initial, majoré des frais d'acquisition (frais de notaire, droits d'enregistrement), qui peuvent être évalués forfaitairement à 7,5 % du prix d'achat ou au montant réel. S'ajoutent les dépenses de travaux : soit au réel avec justificatifs pour les travaux d'amélioration, construction, reconstruction ou agrandissement, soit forfaitairement à 15 % du prix d'achat si le bien est détenu depuis plus de 5 ans.

Abattements pour durée de détention

Des abattements progressifs s'appliquent selon la durée de détention du bien. Pour l'impôt sur le revenu, l'abattement est de 6 % par an de la 6e à la 21e année de détention, puis de 4 % la 22e année, permettant une exonération totale au bout de 22 ans. Pour les prélèvements sociaux, l'abattement est de 1,65 % de la 6e à la 21e année, 1,60 % la 22e année, et 9 % au-delà, avec exonération totale après 30 ans de détention. Par exemple, un bien détenu 15 ans bénéficie d'un abattement de 60 % sur l'impôt sur le revenu (10 ans × 6 %) et de 16,5 % sur les prélèvements sociaux (10 ans × 1,65 %).

Exonération de la résidence principale

La vente de la résidence principale est totalement exonérée d'impôt sur la plus-value immobilière, sans condition de durée de détention ni de montant. La résidence principale est le logement où le vendeur réside habituellement et effectivement au moment de la vente. L'exonération s'étend aux dépendances immédiates et nécessaires (garage, cave, parking) vendues simultanément. En cas de délai entre la libération du logement et la vente, l'exonération reste acquise si la vente intervient dans un délai normal (généralement admis jusqu'à un an, voire davantage si des circonstances indépendantes de la volonté du vendeur retardent la cession). Cette exonération ne peut s'appliquer qu'à un seul bien par foyer fiscal.

Autres cas d'exonération

Plusieurs situations donnent droit à une exonération totale de plus-value : la première vente d'un logement autre que la résidence principale, sous conditions de ressources et d'engagement à réinvestir dans l'achat ou la construction d'une résidence principale dans les deux ans ; la vente d'un bien dont le prix n'excède pas 15 000 € ; la vente par une personne résidant en établissement pour personnes âgées dépendantes ou adultes handicapés, sous condition de ressources ; les retraités ou invalides de condition modeste qui ont occupé le logement comme résidence principale avant leur départ ; et les expropriations pour cause d'utilité publique sous certaines conditions.

Surtaxe sur les plus-values élevées

Une surtaxe progressive s'applique aux plus-values imposables (après abattements) supérieures à 50 000 €. Le taux varie de 2 % pour les plus-values entre 50 001 € et 100 000 €, jusqu'à 6 % pour les plus-values dépassant 260 000 €. Cette surtaxe s'ajoute à l'impôt sur le revenu de 19 % et aux prélèvements sociaux de 17,2 %. Par exemple, une plus-value nette imposable de 150 000 € supportera une surtaxe de 3 %, soit 4 500 € supplémentaires. La surtaxe ne s'applique pas aux terrains à bâtir, qui relèvent d'un régime spécifique. Elle concerne uniquement les cessions de biens immobiliers bâtis ou de droits s'y rapportant.

Plus-value sur terrains à bâtir

Les terrains à bâtir relèvent d'un régime d'abattement différent, plus court. L'abattement pour l'impôt sur le revenu est de 6 % de la 6e à la 17e année, 4 % la 18e année, et exonération totale à partir de la 19e année. Pour les prélèvements sociaux, l'abattement est de 1,65 % de la 6e à la 17e année, 1,60 % la 18e année, 9 % de la 19e à la 21e année, et 9 % la 22e année, avec exonération totale après 22 ans. Un terrain à bâtir est un terrain nu ou comportant des constructions destinées à être démolies, situé dans une zone urbaine délimitée par un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme équivalent. Les abattements sont moins favorables que pour les biens bâtis.

Déclaration et paiement

La plus-value immobilière doit être déclarée et payée au moment de la signature de l'acte de vente chez le notaire. C'est le notaire qui calcule la plus-value, établit la déclaration n° 2048-IMM (ou 2048-M pour les terrains à bâtir et droits sociaux), et verse l'impôt au Trésor Public dans le mois qui suit la vente. Le vendeur n'a pas de démarche à effectuer auprès de l'administration fiscale, tout est géré par le notaire. Toutefois, le vendeur doit fournir au notaire tous les justificatifs nécessaires au calcul : acte d'achat initial, factures de travaux, justificatifs de frais. L'impôt est prélevé sur le prix de vente, le vendeur reçoit le solde net.

Prise en compte des travaux

Les travaux d'amélioration, de construction, de reconstruction ou d'agrandissement peuvent être ajoutés au prix d'acquisition pour réduire la plus-value imposable. Seuls ces travaux sont déductibles, pas les travaux d'entretien ou de réparation. Deux options existent : déduction au réel sur présentation des factures (nom du prestataire, nature et montant des travaux), ou déduction forfaitaire de 15 % du prix d'acquisition si le bien est détenu depuis plus de 5 ans (sans justificatif). Le forfait de 15 % ne peut pas se cumuler avec la déduction au réel : il faut choisir l'option la plus avantageuse. Les travaux réalisés par le vendeur lui-même (auto-construction) ne sont pas déductibles, sauf à pouvoir justifier des dépenses de matériaux.

Plus-value en cas de succession ou donation

Lorsqu'un bien immobilier est transmis par succession ou donation, les héritiers ou donataires bénéficient d'un nouveau prix d'acquisition correspondant à la valeur vénale du bien au jour de la transmission, telle que déclarée pour le calcul des droits de succession ou de donation. Cette règle efface toute plus-value latente accumulée par le défunt ou le donateur. La durée de détention repart à zéro à compter de la date de transmission. Par exemple, si un bien acheté 100 000 € en 2000 est transmis en 2024 avec une valeur de 300 000 €, l'héritier qui le revendra 320 000 € ne sera imposé que sur une plus-value de 20 000 € (320 000 - 300 000), et non sur 220 000 €.

Vente en nue-propriété ou usufruit

Lorsqu'un bien est détenu en nue-propriété et en usufruit (démembrement de propriété), le calcul de la plus-value diffère selon que la vente porte sur la pleine propriété reconstituée, sur la nue-propriété seule, ou sur l'usufruit seul. En cas de vente de la pleine propriété (accord du nu-propriétaire et de l'usufruitier), la plus-value est répartie entre eux selon la valeur de leurs droits respectifs, calculée en fonction d'un barème fiscal lié à l'âge de l'usufruitier. La durée de détention se compte différemment pour chacun : depuis l'acquisition de leur droit respectif. Les abattements s'appliquent individuellement. Le régime est complexe et nécessite l'intervention d'un notaire.

Plus-value sur investissement locatif

La vente d'un bien en location (investissement locatif) est soumise au régime classique des plus-values immobilières, sans exonération liée à l'usage locatif. Les loyers perçus pendant la détention ne modifient pas le calcul de la plus-value. En revanche, les travaux de rénovation ou d'amélioration réalisés pour améliorer la rentabilité locative peuvent être déduits du prix d'acquisition s'ils entrent dans les catégories éligibles. Certains dispositifs fiscaux d'investissement locatif (Pinel, Malraux, Monuments Historiques) imposent des durées minimales de détention et d'engagement locatif : une vente avant l'expiration de ces durées peut entraîner la remise en cause des avantages fiscaux, en plus de l'imposition de la plus-value.

Stratégies pour réduire la plus-value

Plusieurs stratégies permettent de limiter l'imposition : conserver le bien suffisamment longtemps pour bénéficier des abattements maximaux (22 ans pour l'impôt sur le revenu, 30 ans pour les prélèvements sociaux) ; majorer le prix d'acquisition en incluant tous les frais réels et travaux déductibles avec justificatifs ; vendre en plusieurs fois si possible (en démembrant temporairement la propriété) ; transformer le bien en résidence principale pendant une période suffisante avant la vente (au moins un an, idéalement deux ans) ; effectuer des travaux avant la vente pour augmenter le prix d'acquisition ; ou, pour les personnes âgées, anticiper la vente avant un départ en maison de retraite pour conserver l'exonération de résidence principale.

Conseils pratiques

Conserver précieusement l'acte d'achat initial et toutes les factures de travaux pendant toute la durée de détention du bien, car elles seront indispensables au notaire pour calculer la plus-value. Anticiper la vente en simulant le montant de la plus-value plusieurs années à l'avance pour choisir le moment optimal. Consulter un notaire ou un conseiller fiscal avant toute vente importante pour optimiser la fiscalité. Vérifier l'éligibilité à une exonération avant de payer l'impôt. En cas de doute sur la qualification de résidence principale ou sur la déductibilité de travaux, demander un rescrit fiscal à l'administration pour sécuriser la situation.

À retenir

La plus-value immobilière est le gain réalisé lors de la vente d'un bien immobilier, calculé comme la différence entre le prix de vente et le prix d'achat majoré des frais et travaux. Elle est imposée à 19 % au titre de l'impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux, soit 36,2 % au total, avec une surtaxe possible au-delà de 50 000 €. Des abattements progressifs pour durée de détention réduisent l'imposition : exonération totale après 22 ans pour l'impôt sur le revenu et 30 ans pour les prélèvements sociaux. La résidence principale est totalement exonérée. D'autres cas d'exonération existent. La déclaration et le paiement sont gérés par le notaire au moment de la vente. Bien comprendre ce mécanisme permet d'anticiper la fiscalité et d'optimiser le moment de la vente.