Qu'est-ce que la stagflation ?
La stagflation est une situation économique qui associe une croissance faible ou nulle, un chômage élevé ou en hausse et une inflation forte. Le mot est la contraction de « stagnation » et d'« inflation ».
Cette combinaison est inhabituelle. En temps normal, un ralentissement de l'activité fait baisser la demande, ce qui freine la hausse des prix. Inversement, une économie en surchauffe voit les prix accélérer. La stagflation rompt ce schéma : les prix montent alors même que l'économie s'essouffle.
D'où vient la stagflation ?
Un choc d'offre
La cause la plus fréquente est un choc d'offre négatif : un événement qui renchérit brutalement le coût de production dans toute l'économie. L'exemple type est une flambée du prix du pétrole, indispensable aux transports, à l'industrie et au chauffage. Les entreprises répercutent ces coûts sur leurs prix, tandis que les ménages, dont le pouvoir d'achat recule, consomment moins. Résultat : plus d'inflation et moins de production.
Des mécanismes qui entretiennent la hausse des prix
- L'indexation des salaires : si les salaires suivent automatiquement les prix, les entreprises augmentent encore leurs tarifs, et ainsi de suite (boucle prix-salaires).
- Des anticipations désancrées : lorsque chacun s'attend à une forte inflation, les contrats, salaires et prix l'intègrent par avance.
- Une politique monétaire trop accommodante : une banque centrale qui tente de soutenir l'activité en laissant filer les prix peut nourrir la spirale.
- Un ralentissement de la productivité : une économie qui produit moins efficacement peut moins absorber les hausses de coûts.
Les années 1970 et les chocs pétroliers
La stagflation est indissociable des années 1970. Plusieurs facteurs se cumulent :
- La fin du système de Bretton Woods (1971-1973) : la fin de la convertibilité du dollar en or et le passage aux changes flottants ouvrent une période d'instabilité monétaire.
- Le premier choc pétrolier (1973) : à la suite de la guerre du Kippour, les pays exportateurs de pétrole réduisent leur production et décrètent un embargo ; le prix du baril est multiplié par environ quatre en quelques mois.
- Le second choc pétrolier (1979) : la révolution iranienne puis la guerre entre l'Iran et l'Irak font de nouveau flamber les prix.
Dans la plupart des pays industrialisés, la croissance ralentit nettement par rapport aux « Trente Glorieuses », le chômage de masse apparaît et l'inflation dépasse les 10 % par an pendant plusieurs années, en France comme aux États-Unis ou au Royaume-Uni. Les politiques de relance traditionnelles, efficaces auparavant, semblent alors impuissantes, voire contre-productives.
La courbe de Phillips remise en cause
En 1958, l'économiste néo-zélandais Alban William Phillips observe au Royaume-Uni une relation inverse entre le chômage et la hausse des salaires. Elle est ensuite reformulée comme un arbitrage entre inflation et chômage : les gouvernements pourraient, pensait-on, « acheter » un peu moins de chômage au prix d'un peu plus d'inflation.
La stagflation des années 1970 contredit cette idée : inflation et chômage augmentent ensemble. Les économistes Milton Friedman et Edmund Phelps avaient anticipé cette limite dès la fin des années 1960 : à long terme, une inflation plus élevée ne réduit pas durablement le chômage, car les agents finissent par l'anticiper et l'intègrent dans leurs salaires et leurs prix. La courbe de Phillips se « déplace » vers le haut.
Le dilemme des banques centrales
Face à la stagflation, une banque centrale se retrouve devant un choix difficile :
| Option | Effet sur l'inflation | Effet sur l'activité |
|---|---|---|
| Relever les taux d'intérêt | Freine la hausse des prix | Aggrave le ralentissement et le chômage |
| Baisser les taux ou attendre | Risque d'enraciner l'inflation | Soutient l'activité à court terme |
Aux États-Unis, la Réserve fédérale présidée par Paul Volcker choisit à partir de 1979 une politique de resserrement très vigoureux : les taux directeurs atteignent des niveaux proches de 20 % au début des années 1980. L'inflation recule fortement, mais au prix d'une récession sévère et d'un chômage élevé. Cette expérience a durablement marqué la politique monétaire : mieux vaut agir tôt pour éviter que l'inflation ne s'installe dans les esprits.
Les banques centrales distinguent aujourd'hui les effets « de premier tour » d'un choc d'offre (la hausse directe du prix de l'énergie, sur laquelle elles ont peu de prise) et les effets « de second tour » (sa diffusion aux salaires et aux autres prix), qu'elles cherchent à empêcher.
La stagflation aujourd'hui
Le terme réapparaît à chaque choc d'offre d'ampleur. En 2021-2022, la sortie de la pandémie, les ruptures d'approvisionnement puis la guerre en Ukraine ont fait flamber les prix de l'énergie et de l'alimentation, alors que la croissance ralentissait en Europe. De nombreux observateurs ont alors évoqué un risque de stagflation. Les différences avec les années 1970 restent toutefois importantes : banques centrales indépendantes dotées d'un objectif d'inflation clair, indexation des salaires beaucoup moins répandue, économies moins dépendantes du pétrole.
Pour suivre ce risque, les économistes surveillent le PIB, le chômage, l'inflation sous-jacente et les anticipations d'inflation.
Questions fréquentes
C'est quoi la stagflation en termes simples ?
C'est une situation où l'économie stagne ou recule, avec un chômage en hausse, alors que les prix continuent d'augmenter fortement. Le mot associe « stagnation » et « inflation ».
Quelle est la cause principale de la stagflation ?
Le plus souvent, un choc d'offre : une hausse brutale du coût d'un intrant essentiel, comme le pétrole, renchérit la production. Les entreprises augmentent leurs prix tout en produisant moins. Des anticipations d'inflation mal ancrées et des salaires indexés peuvent ensuite prolonger le phénomène.
Pourquoi la stagflation est-elle difficile à combattre ?
Parce que les remèdes habituels se contredisent : augmenter les taux d'intérêt freine l'inflation mais aggrave le ralentissement et le chômage, tandis que soutenir l'activité risque d'alimenter encore la hausse des prix.
Quel lien entre stagflation et courbe de Phillips ?
La courbe de Phillips décrit un arbitrage entre inflation et chômage : moins de chômage s'accompagnerait de plus d'inflation. Dans les années 1970, les deux ont augmenté en même temps, ce qui a montré que cette relation n'était pas stable et que les anticipations d'inflation jouaient un rôle central.
Comment la stagflation des années 1970 a-t-elle pris fin ?
Aux États-Unis, la Réserve fédérale dirigée par Paul Volcker a relevé très fortement ses taux à partir de 1979. L'inflation a reculé, au prix de récessions sévères au début des années 1980. Dans de nombreux pays, la fin de l'indexation automatique des salaires a aussi joué un rôle.
Risque-t-on une stagflation aujourd'hui ?
Le terme revient à chaque choc d'offre important, comme lors de la flambée des prix de l'énergie en 2022. Les économistes parlent souvent de « risque de stagflation » lorsque la croissance ralentit et que l'inflation reste élevée, mais une stagflation durable comparable aux années 1970 suppose aussi des anticipations d'inflation désancrées.
À retenir
La stagflation associe stagnation de l'activité, chômage et inflation élevée. Généralement déclenchée par un choc d'offre comme une flambée du pétrole, elle s'installe lorsque les anticipations d'inflation se désancrent. Les années 1970 ont montré ses dégâts, remis en cause la courbe de Phillips et placé les banques centrales face à un dilemme entre stabilité des prix et soutien à l'emploi.